Police de sécurité du quotidien

Face aux problèmes d’insécurité liés aux trafics, opposons les vraies solutions aux discours démagogiques.

Le 8 février, Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, a annoncé quels départements et quartiers des villes ont été retenus pour expérimenter la nouvelle « police de sécurité du quotidien » (PSQ). Cette police de sécurité qui ne dit pas son nom a un mérite : celui de renforcer la présence sur le terrain des forces de l’ordre dans un rôle préventif, en opposition à la logique du tout-répressif et de la politique du chiffre.

A la surprise générale, la demande conjointe des villes de Grenoble, Echirolles, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères de faire partie de cette expérimentation n’a pas été retenue. Les faits de délinquances liés aux trafics de drogues sont pourtant bien connus des populations de ces villes, les quatre plus importantes de la métropole grenobloise. Tout comme, malheureusement, des actes criminels liés aux rivalités entre trafiquants (échanges de coups de feu, règlements de comptes). On se demande bien comment Gérard Collomb a pu être aveugle à cette réalité. Peut-être pour mieux récompenser certains amis politiques, notamment François Bayrou, maire de Pau, ville qui a été choisie pour expérimenter la PSQ ?

Comme d’habitude, la droite dans son ensemble s’est livrée à toutes sortes de discours démagogiques. A en croire Émilie Chalas, députée LREM de la troisième circonscription, ou encore Mahtieu Chamussy, président du groupe des élus de droite au conseil municipal de Grenoble, cette mise au ban serait imputable à la mairie de Grenoble, coupable selon eux de ne pas avoir envoyé « les bons signaux », notamment en refusant de s’abandonner, comme tout le monde, à la prolifération de la vidéosurveillance. Peu importe si Echirolles et Saint-Martin-d’Hères, mairies communistes, développent la vidéosurveillance sur leurs territoires. Peu importe si de multiples études ont démontré l’inefficacité totale de la vidéosurveillance dans le domaine de la prévention de la délinquance. Non, tout ce qui compte, c’est de verser dans les discours sécuritaires démagogiques à peu de frais. Les vraies solutions viennent après les querelles politiciennes pour ces tenants du vieux monde.

Il est grand temps, sur ces questions, de rompre avec les dogmes imposés par la pensée unique réactionnaire de la droite. Sous Sarkozy, les effectifs de police se sont effondrés et les forces de l’ordre ont été contraintes de se recentrer sur des fonctions essentiellement répressives ou administratives. La politique du chiffre et le tout-répressif ont eu des conséquences désastreuses, alimentant la défiance des populations à l’égard des forces de l’ordre et détériorant les conditions de travail de nombreux fonctionnaires. Pour cacher son incurie, l’État tend de plus en plus à se défausser sur les communes, les incitants à confier à leur police municipale des missions relevant en principe de la police nationale. Galvanisés par le fantasme de l’image du shérif qui protège ses administrés, de nombreux maires rivalisent en surenchères sécuritaires, armant jusqu’aux dents une police municipale qui s’éloigne de ses fonctions essentielles de service à la population et de répression des incivilités du quotidien. La vidéosurveillance sur l’espace public prolifère à un rythme alarmant, engloutissant des sommes d’argent public considérables sans jamais que cela n’aboutisse à une baisse significative des chiffres de la délinquance.

Il est grand temps d’opposer aux dérives démago de vraies solutions. La police doit renouer avec ses fonctions de proximité. Ce sont de gardiens de la paix dont nos quartiers ont besoin, pas d’un arsenal répressif toujours plus violent. Il faut renforcer les effectifs d’une police de terrain, au plus près des populations, qui prévient les faits de délinquance et ne se cantonne pas à les réprimer après que des drames aient eu lieu. L’État doit assumer ses responsabilités en la matière, loin des envolées sécuritaires qui ne produisent aucun résultat. Cette histoire n’est pas encore terminée paraît-il, il est donc encore temps pour Gérard Collomb de faire sérieusement son travail.

Rédigé par Alan